Artboard 12
Plasticien

Thomas Wattebled

Éloge de l’échec – Raquettes entremêlées, puzzles forcés, chaises de plage tournées vers la mer, trop hautes pour être utilisées, ou encore persistance d’un slogan fantôme sur un mur de parpaings, dans ses œuvres, Thomas Wattebled, jeune artiste installé à Orléans, use d’un vocabulaire plastique qui se trouve être au plus loin du champ de l’art.  À travers des manipulations poussées parfois jusqu’à l’absurde, il fait cohabiter le langage du sport, du loisir et de la vie quotidienne dans un dialogue subtile de formes toujours en résonance avec l’histoire de l’art. À l’image des Coûte que coûte (2018), une série de puzzles de 1000 à 3000 pièces représentant des paysages ruraux qu’il termine par la force dans une rencontre préméditée, sorte d’échec consciencieusement programmé. Un échec rehaussé de vernis puis posé sur châssis, dans une esthétique faisant écho aux peintures de paysages du XVIIème et XVIIIème siècle. Un échec dans la vie quotidienne ne deviendrait-il pas une réussite en étant déplacé dans le champ de la création artistique ?

L’erreur, la rencontre, la collision, Thomas Wattebled en a fait sa matière première et les manipule à la perfection. Les Timeout (2016-2018), sculptures discrètes faites de raquettes de badminton, reflètent toutes ces choses que l’on peut entreprendre. Du bricolage inutile et laborieux à la partie de sport entre amis en attendant que l’après-midi passe. Une attente longue, mais pas oisive, qui se matérialise par la rencontre physique. Une rencontre de l’ordre de la fusion, dans laquelle les cordes s’entremêlent comme une illusion d’optique, un bug dans l’image, en trois dimensions. Comme une résistance à la compétition et à la société de la performance, ces pièces invitent le spectateur à entrer dans un temps mort et à profiter de l’instant suspendu.

C’est par ces manipulations d’objets, ces rencontres, ces collisions, ces allers-retours avec le monde du sport et sa vie personnelle, que Thomas Wattebled interroge la place de l’Homme dans une société où la performance règne, à travers des œuvres faussement naïves et drôles, qui se révèlent être bien plus qu’une simple blague et c’est là toute la force de son travail.

Elodie Bernard

Inspirations