Artboard 12
Focus On

25.07.2020 - 15H49 par La peau de l’ours

Aoûtienne Dorothée Louise Recker

J’ai grandi au bord de la mer. C’est un univers maritime, solaire, méditerranéen, qui repose à la source de mon inspiration. Il est sentimental, sensoriel, empreint de mélancolie. Il dit les ciels roses du mois d’août et la terre chaude des collines, les plages décolorées au crépuscule, la profondeur insondable de l’horizon. Par ma démarche de peintre et de plasticienne, je restitue ce territoire qui est le mien, intime et géographique. Mon langage mêle ces influences a une recherche centrée autour des notions de couleur et de geste : matérialité ou évanescence de la première, effacement ou mise en exergue du second.

 Peindre, c’est déplacer le sujet, transposer le réel a un ailleurs sans repères que seul délimite le regard face au tableau. C’est aussi un acte par lequel je donne corps a une perception sensible, sensuelle, exprimant un amour absolu de la lumière et de la couleur et une croyance profonde en leur nature magique et mystérieuse. Le processus de peinture est un rituel au cours duquel je cherche à les révéler : les mélanges et proportions, l’orientation de mon geste sur la toile produisent des nuances qui toujours me surprennent et me procurent une émotion. Ce que je veux donner à voir est physique et cependant ineffable. Les gradations colorées suggèrent un monde céleste et immatériel qui n’existe pourtant que par la matière ; le vide est plein de couleur, en tension avec la densité des couches et de la saturation. La surface peinte livre mes gestes effacés par leur propre répétition, absorbe la trace de mon passage. Croyant ainsi me soustraire, je constate l’impossibilité d’y parvenir : l’imperfection, si infime soit- elle, révèle toujours le procédé. Ma main ne peut imiter le ciel.

A contre-courant de la planéité des dégradés chromatiques peints à l’huile, l’usage du pistolet a peinture décline ma recherche autour de la matérialité de la couleur, révélatrice d’une réalité palpable, terrienne – pourtant sans contact direct entre la main et le tableau. La peinture joue avec la trame de la toile laissée brute et émet une vibration particulière. Relevant d’une démarche semblable, le travail autour du sable explore une matérialité opposée. Dans la continuité de l’imaginaire estival et balnéaire qu’il détient et qui me séduit, le sable renvoie par sa nature même aux notions de tangible et d’intangible, d’évanescence, d’insaisissable.

L’absence de limites et de points de fuite, l’impossibilité de toute mise au point, affirment autant la quête d’un horizon que le désir de m’y perdre. Par les variations de matières et de supports, je recherche la continuité d’un univers que je souhaite aussi immersif pour le spectateur que l’est pour moi la perception du monde qui m’entoure.

Dorothée Louise Recker