Artboard 12
Focus On

30.05.2017 - 20H14 par La peau de l’ours

Focus On Hermans & Kool par Plantin-Carrenard

Notre prescripteur, Bruno-Plantin Carrenard, livre ici sa vision sur le travail des artistes de sa sélection curatoriale.


Etait-ce d’un côté, la société guerrière, de l’autre la société militaire ?

L’artiste est celui dont le regard fixe cet insondable abîme qu’est la mort (une vision très bataillienne) et ce que l‘on contemple ne peut pas nous submerger. Mais quand une œuvre dépasse la contemplation, c’est la fascination.

 

A ceux qui disent que l’art est mort, je leur oppose que l’art est le risque de mort assuré dans un monde ultra sécurisé.

L’art du XXième siècle recèle cette fascination pour la destruction en ce qu’elle perd son objectivation pour la dépense, la perte : l’art est aujourd’hui un des rares actes de consumation contre celui de la consommation.

A ceux qui disent que l’art est mort, je leur oppose que l’art est le risque de mort assuré dans un monde ultra sécurisé.

J’ai compris la fascination pour Basquiat, qui consume tel un guerrier aztèque car « la guerre pour la Liberté doit être menée avec rage » (Saint-Just), jusqu’au bout de sa cruauté sans fin, sans calcul, ravageur et celle pour Warhol, en commandeur militaire, ordonné, calculé, sexy.

Pour Fabrice Hermans, prenons l’œuvre 911 or consume.

Une aile complète d’une Porsche 911, neuve. Sablée, décapée et peinte d’une couleur rouge sang de bœuf. L’œuvre, sculpture au mur comme un tableau, est accrochée avec des esses de boucher à une rampe inox.

La matière est lisse et froide mais de la couleur de la mort. L’envie de la caresser la rend charnelle. Evidemment sexy et même sexuelle. Une référence évidente à « Crash ! » de J.G. Ballard :

« Je m’intéresse à ce qui touche au plus profond de la psychologie humaine, ce besoin concomitant de sécurité et de violence extrême. On vit par exemple dans un monde où l’automobile est reine alors qu’elle fait des millions de morts chaque année. Ça me passionne d’essayer de comprendre pourquoi les hommes sont fascinés et pervertis par les machines » disait Ballard à la sortie de son roman en 73.

 

On eût dit que son cadavre était en train de cristalliser, quittant enfin cette prison dimensionnelle étriquée pour un univers plus beau.

La forme est aussi révélatrice que le fond : j’aime cette façon qu’à Hermans, qui est un sculpteur, d’interroger la verticalité de son œuvre : des totémiques boites à pilules aux autos écrasées aux murs. En un sens, il empêche l’œuvre d’être décorative.

Beaucoup de choses à raconter.

Manque de temps. Mais le langage amoureux de lucioles dans l’œuvre Tableau 2 vous inspirera quand la nuit sera tombée….

Quant à Arnaud Kool, il est de ceux qui, après être passé par le Street Art, l’art de la consumation chère aux sociétés guerrière, aborde le travail en atelier avec une interrogation totalement explicite dans le tableau Sans Titre : pourquoi la ville ?

 

Après avoir peint sur les murs, il peint des murs pour pouvoir peindre dessus, avec un geste destructeur formalisé par des projections de peinture (à la bombe !) sur des esquisses architecturales néo classiques.

Le format est monumental évidemment, au trait précis et rectiligne, militaire, noir et blanc, technique, s’opposent des formes abstraites, colorées, envahissantes, intrusives, lentement destructrices, comme une forêt recouvrirait les bâtisses d’une ancienne civilisation.


Photos : Miles Fischler