Artboard 12
Focus On

14.09.2017 - 19H38 par La peau de l’ours

Focus On Alexandra Wolframm

Nous retrouvons l’équipe dans le quartier berlinois de Moabit. Le quartier n’a pas encore subi la gentrification que l’on observe dans beaucoup d’endroits du centre de Berlin et conserve un attrait pour les artistes, encore nombreux à venir s’y installer.

C’est donc dans cette partie de Berlin ignorée des touristes, qui oscille entre hier et aujourd’hui que nous faisons connaissance avec Alexandra Wolframm.

Tous les chemins…

L’atelier d’Alexandra donne sur un parc dans lequel nous nous installons pour prendre un café. Preuve, s’il en fallait, du rapport que l’artiste entretien avec son environnement et la nature qui l’entoure.

Alexandra a étudié la peinture à l’académie des Beaux-Arts de Rome mais fût assez déçue par le comportement peu ouvert d’esprit et l’approche trop académique de l’enseignement. Elle fit néanmoins une rencontre importante, celle d’un professeur en art vidéo et Multimédia qui lui prodigua un conseil qui influencera son parcours artistique :

Je me fous de la technique que tu utilises, du moment que tu travailles à quelque chose qui te convienne!

C’est à ce moment-là qu’elle commence à s’essayer à d’autres médiums comme la sculpture:

Ce que j’aime, c’est travailler la matière de mes mains, la modeler, la former, la peindre…

À cette époque, Alexandra s’intéresse aussi beaucoup au cinéma, notamment aux films de David Lynch, dans lesquels la frontière entre perception et réalité est infime. Cette frontière que l’on retrouve dans ses peintures, notamment dans la série Cloud Project.

52°29′24″N, 013°29′45″O

Alexandra a toujours été fascinée par les peintres paysagiste du XIXième siècle. Elle s’est donc demandée comment aborder la peinture paysagiste sous un angle contemporain, comment réinterpréter un courant artistique ancré profondément dans l’Histoire.

L’idée du Cloud Project lui est venue alors qu’elle regardait à travers la fenêtre donnant sur le port de Westhafen, le plus grand port commercial de Berlin.

Il faisait nuageux, il y avait de très beaux nuages avec une couleur magnifique, un peu comme sur les docks à Londres…

Elle a ensuite réalisé que ces nuages étaient en réalité formés par de la fumée qui s’échappait d’une usine. L’idée a donc germé de travailler sur la manipulation de la nature par l’homme et la prise de conscience dans la société.

Alexandra nous présente alors Klingenberg, un immense diptyque qui porte le nom des coordonnées géographies de l’usine responsable de la formation du nuage. Tant l’approche esthétique que la maîtrise de la technique donne une dimension poétique époustouflante à cette toile. Le travail de l’artiste pose un questionnement sur notre perception du milieu naturel dont la réalité est modifiée par l’ingérence humaine.

Dans l’art contemporain, et principalement l’art conceptuel, Il faut souvent énormément d’informations avant de pouvoir comprendre l’œuvre…

Au contraire, l’artiste cherche, au travers de l’esthétisme, à susciter une émotion auprès du spectateur afin de lui délivrer un message.

Alexandra Wolframm

Into the Wild

Comme Alexandra, les Allemands entretiennent une relation particulière avec la nature qui modèle en quelque sorte leur cadre de vie.

L’Allemagne offre en effet l’image très contrastée d’un pays densément peuplé, où la nature véritable est rare car le plus souvent très profondément transformée, mais où l’on déploie des efforts particulièrement importants pour préserver les espaces et les paysages considérés comme intéressants.

C’est donc souvent à quelques pas de chez elle qu’Alexandra trouve de son inspiration.

Je ne voyage pas dans l’optique de trouver de nouvelles idées, il y a assez d’inspirations sur le pas de ta porte ou à quelques pas d’ici, en Allemagne.

En parlant de ses inspirations, nous évoquons avec elle les expositions qui l’ont marquée.

Alexandra nous site spontanément la rétrospective consacrée à l’œuvre de Meret Oppenheim (Berlin, 2013). Mais aussi l’incontournable Gerhard Richter, dont elle a pu admirer le travail à l’occasion d’expositions à Londres et Berlin. L’artiste nous parle également d’une exposition consacrée au plasticien belge, Hans Op De Beeck.

C’est selon moi un grand artiste qui réussit à préserver l’histoire de l’art de la Belgique, notamment celle des surréalistes belges, et à la réinterpréter d’une manière contemporaine en utilisant de nouvelles techniques comme le multimédia.

Pour qu’un projet se développe au mieux, Alexandra ressent le besoin de travailler sur plusieurs en même temps.

Je dois pouvoir laisser un projet sur le côté pour prendre le temps d’y réfléchir, le laisser incuber pour y revenir par la suite…»

Cet été, elle est partie en vacances en Italie et en Mer Baltique, où elle a trouvé de petites pierres sur la plage. L’idée lui est alors venue de les reproduire en grand en les sculptant dans la céramique et de peindre les détails à l’aquarelle.

Je trouvais intéressante l’idée de représenter la pierre, symbole fort dans la conscience collective, d’une manière fragile et délicate...

Alexandra réussit le pari osé d’une peinture paysagiste contemporaine. Elle réinterprète, avec succès, les codes d’un mouvement artistique profondément ancré dans l’Histoire de l’Art. L’esthétisme de son travail, l’émotion et la poésie qui s’en dégagent, porte un message fort qui, à ne pas y prendre attention, pourrait un jour nous être fatal.


Photos: Miriam Klingl