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Focus On

17.08.2018 - 13H48 par La peau de l’ours

Focus On Dorothée Louise Recker

C’est dans le sud, non loin de Cannes, que Dorothée Louise Recker a pris ses quartiers durant l’été. Portrait chromatique, face à la mer, d’une jeune artiste talentueuse.

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours ?

Je suis franco-allemande, née en Norvège, et j’ai grandi dans le Midi de la France, non loin de Cannes. J’ai commencé à peindre à l’adolescence. Après des études aux beaux-arts de Paris, je suis partie vivre cinq ans à Berlin, où j’ai débuté ma vie de jeune artiste. Je travaille aujourd’hui dans un artist-run space à Pantin, ChezKit. Je garde cependant un lien fort avec l’Allemagne et continue à y passer beaucoup de temps, à Berlin et plus récemment aussi Leipzig.

Comment t’es venu ce traitement particulier de la matière en mélangeant le mortier et l’huile ?

Je poursuis depuis des années un travail centré autour du geste et de la couleur. J’ai débuté par de grands dégradés chromatiques à la peinture à l’huile, des espaces à la fois vides et saturés, lisses, vierges de traces –une série que je développe aujourd’hui sous le titre générique de Départs couleurs. J’ai ensuite cherché un contrepoint à ces évanescences, dans un désir de les mettre en tension, de « rayer la surface » en quelque sorte. J’ai alors lancé la série Crinkle crush, sur de grandes toiles froissées, et les séries Quicksands et Mouvantes, dans lesquelles je travaille avec du mortier sable.

"Je poursuis depuis des années un travail centré autour du geste et de la couleur"

Le sable est donc un élément récurrent dans ton travail ?

Le sable est un de mes matériaux de prédilection. Il décline ma recherche autour de la matérialité de la couleur. Il y a dans mon travail une approche sensuelle et passionnée de la couleur, elle a pour moi un caractère magique. Le sable me permet de la faire parler autrement, d’exprimer une réalité sensible, palpable, terrienne. Par sa nature même, il nous renvoie aux notions de tangible et d’intangible, de disparition, d’insaisissable, de temps. Il invoque aussi un univers maritime, solaire, méditerranéen, balnéaire enfin, une forme de mélancolie qui m’est proche et repose à la source de mon désir créatif.

Parle-nous de l’endroit où nous nous trouvons ?

Nous sommes ici sur les terres de ma famille; mon grand-père, horticulteur, cultivait les mimosas. J’ai grandi dans une maison bâtie sur la plantation, au cœur des collines azuréennes, face à la Méditerranée. Ces paysages font partie de mon imaginaire, de ma mémoire, de mon histoire. L’atelier dans lequel je travaille lorsque je suis ici est au milieu des arbres, l’ombre y joue avec la lumière, les cigales chantent. Je ressens fortement l’influence bénéfique de cet environnement sur mon travail. Les lieux que je traverse sont présents en moi et dans ma pratique, comme une boussole qui orienterait un voyage.

Ces paysages font partie de mon imaginaire, de ma mémoire, de mon histoire

Quels sont tes futurs projets ?

Je pars à la fin de l’été travailler sur un projet de fresques au Luxembourg, puis je rejoins Leipzig où je présente ma première exposition personnelle en galerie. J’ai également le plaisir de participer à l’exposition « Sunday Sunset » avec La peau de l’ours. Je reprendrai ensuite mon travail à l’atelier sur les différentes séries en cours, et travaillerai avec les résidents de ChezKit sur notre prochaine exposition, prévue à l’automne. L’an prochain, je passerai probablement beaucoup de temps en Allemagne, avec une période de trois mois de résidence à Leipzig. La promesse d’autres paysages, donc, et en tous les cas beaucoup de choses très motivantes en perspective !