Artboard 12
Focus On

31.07.2017 - 11H44 par La peau de l’ours

Focus On la dernière expo de Werther Gasperini

C’est peu de temps avant les vacances que nous avons retrouvé notre sculpteur italien, Werther Gasperini, à l’occasion de l’exposition Autonomy. Cette exposition se tenait dans un bâtiment désaffecté de la ville de Bruxelles, et regroupait notamment de nombreux travaux de sculpteurs.


Werther y dévoilait le « Châpitre III » de ses ordres de jour sous le nom « Dérivenir » qui provient de l’association des mots « dérive » et « devenir ». Ce troisième volet des ordres du jour de l’artiste est l’aboutissement de nombreuses recherches sur le questionnement identitaire, avec en toile de fond, l’influence de la crise migratoire et du repli sur soi.

L’artiste nous accueille dans un espace intimidant, obscur, et sans aucune trace de lumière naturelle. Le lieu est seulement éclairé par quelques ampoules, diffusant une lumière délavée. Nous pouvons presque sentir l’humidité comme si nous nous trouvions dans la cale d’un bateau.

Il vous faudra quelque temps pour que vos yeux s’habituent à l’obscurité...

Une fois habitués, se révèle à nous un décor empreint de mysticisme et d’une brutalité bien réelle. Une ambiance pesante dans laquelle nous nous installons en compagnie de son créateur.

Arrêtons-nous d’abord quelques instants devant « Pietà », cette sculpture en cire du Christ inspirée de la célèbre œuvre de Michel-Ange portant le même nom.

La sculpture a été réalisée à partir de milliers de restes de bougies récupérés dans les églises et refondus par la suite. La madone est ici remplacée par une plaque de cuivre qui renvoie l’image de ce Christ, seul et impuissant.

Werther exécute une œuvre emblème du sacrifice suprême.

Cette sculpture n’a pas été fabriquée avec de la cire mais avec des milliers de vœux.

En réponse à cette interprétation de la Pietà, fait face l’œuvre « Prière », la sculpture d’un prieur musulman enveloppé d’une couverture de survie.

Dialogue entre deux cultures, deux religions, deux histoires, avec l’art comme traducteur…

Notre regard est ensuite cristallisé par les 4 « Portraits », ces chemises figées dans un mélange à base d’huile, qui portent chacun plusieurs prénoms arabes, ceux de ses hommes et de ses femmes ordinaires, qui ont perdu leur vie en tentant d’échapper à leur sort.

Cette série de portrait est un hommage à la traversée macabre de ceux dont les vêtements échoués sont l’unique trace de leur passage en Europe.

Ce travail fait écho au tableau « Atlas » présenté à même le sol, à la façon d’une carte étalée par terre ou les océans sont peints avec du sang et les frontières dessinées avec du charbon brulé. Deux mondes séparés par un océan qui se teinte de la couleur de la violence et de l’exploitation de l’homme par l’homme.

L’œuvre de Werther se fait comme un écho à tous ces appels à l’aide et cris perdus…


Photos : Andrea Adriani