Artboard 12
Focus On

25.09.2018 - 09H02 par La peau de l’ours

Juxtaposition

Exposition

Safia Hijos fait des biscuits. Comme ceux de Sèvres ou de Meissen. Délicates porcelaines qu’on imagine sur une cheminée ou un guéridon, avec ou sans napperon en guise de sous socle. Fragiles petites créatures, manipulables, accessibles – physiquement parlant – et pleines de vices et d’ironie. Un objet à « conservare », « maintenir en bon état », pour reprendre l’étymologie du mot « conserver », mais kitsch à souhait.

Safia Hijos revendique l’essence même du kitsch qui se distingue par sa capacité à la reproduction, à l’imitation et la multiplicité de langages générés. Bref, cette zone étrange et vide qui existe entre la sculpture et l’objet : une œuvre et un objet, une pièce et un objet courant, une statue et une figurine. L’œuvre de Safia Hijos semble revendiquer une certaine fragilité et douceur au pouvoir après les ravages de la barbarie.

L’œuvre de Safia Hijos semble revendiquer une certaine fragilité et douceur au pouvoir après les ravages de la barbarie

Juxtaposition

La peinture, la « peinture-peinture » même, est l’antithèse du kitsch ; le grand format s’impose comme œuvre d’art.Et l’œuvre de Julie Susset prend de la place, en sens propre et figuré. Le regard sur la toile court aussi vite que son pinceau, ça donne le tournis et ne laisse pas la place à la réflexion ; juste la contemplation.

Cette œuvre, forcément imposante, est une fenêtre sur une nature originelle. Mais c’est ici le geste qui fait sensation: rapide, plein, parfois animal. C’est une intelligence instinctive qui, par miracle et à un moment donné – car il faut s’arrêter au bon moment – fait forme.Tendre à son maximum la représentation d’une nature originelle est une démonstration implacable de sa fragilité. C’est le parti pris de Julie Susset qui capte d’un geste rapide ce qui tend à disparaître.

Conservare.

En cela, ces deux artistes, associées comme une juxtaposition, sont des iconoclastes fragiles et féminines, toujours prêtes à faire tomber les certitudes ; l’une dans la dureté d’un matériau pourtant fragile, comme posée à l’extrémité d’une commode, l’autre, dans un geste imposant comme un danger dans la forêt.

Bruno Plantin-Carrenard