Artboard 12
Exposition

L’éclat des pissenlits s’endort dans le bleu du silence

Feuille dentelée, verts multiples, longue tige surplombée d’une fleur jaune étincelante.

 

L’éclat des pissenlits s’endort dans le bleu du silence – On pourrait d’abord croire à une simple peinture naturaliste, un répertoire de fleurs observées, collectées, photographiées par l’artiste puis peint à l’atelier. Mais lorsque que l’on regarde de plus près, une petite partie du tableau semble pétiller. Dans ce scintillement des couleurs, un espace de rêverie se dessine au cœur de la peinture. Il y a toujours un peu de magie dans les tableaux de Mariano Angelotti. Et c’est bien de cela dont il est question, de magie. Il donne à ces espaces que l’on feint de ne pas voir, ces morceaux de natures glissés dans les interstices d’un monde humanisé, des effets qui nous semblent irrationnels. Dans ses tableaux, Mariano Angelotti ne cherche pas à reproduire le réel, mais plutôt à partager la sensation de ce qu’il regarde, de ce qu’il perçoit. Il mélange couleurs artificielles et touches plus traditionnelles. Les jaunes sont incandescents, les bleus tranchés ou orageux, les oranges sont discrets, les verts acides ou verdoyants. Pour Mariano Angelotti, « la peinture est complètement factice, ce n’est pas un réel, il y a une espèce d’impossibilité jouissive dans la peinture, celle justement de représenter le réel. » Peut-­être que le seul point de contact avec la réalité ici, serait l’ombre. Dans sa peinture, Mariano fait jaillir les formes de l’ombre.

L’éclat des pissenlits s’endort dans le bleu du silence, place directement le spectateur en position de flâneur. Celui qui marche, sans but précis. Celui qui se plait à laisser son regard atteindre un horizon inconnu. Les yeux dans le vague, glissants sur le sol. Il aime poser son regard sur les choses qui nous sont devenues communes. Marcher, errer, flâner, bifurquer. À travers cette nouvelle série, on se laisse guider par ces tâches jaunes flamboyantes qui fendent discrètement les bitumes vieillis de nos villes. Comme une lueur, une porte d’entrée vers un imaginaire sans fin. Dans la fissure d’un béton craquelé, sur le trottoir d’une rue ombragée, au pied d’un poteau électrique ou encore là, au fond, derrière la grille d’un terrain abandonné. Le pissenlit s’élève. Cette « mauvaise herbe » se dresse fièrement se déploie en masse sous nos yeux. Le pissenlit nous fascine et nous indiffère. Pourquoi cette fleur, aussi ordinaire soit-elle, réveille en nous ces sensations paradoxales ? Peut-être y retrouve-t-on l’innocence de notre enfance.

L’éclat du pissenlit s’endort dans le bleu du silence – comme une ode à la simplicité, à la liberté. Un émerveillement, que Mariano Angelotti partage dans des atmosphères tantôt ombragées, tantôt lumineuses, parfois bruyantes mais surtout silencieuses. C’est en flâneur donc, que l’on profite d’un vagabondage immobile pour se concentrer sur ce qu’il y a de plus simple, comme une respiration, une parenthèse. L’éclat des pissenlits s’endort dans le bleu du silence.

 

Elodie Bernard


*L’éclat des pissenlits s’endort dans le bleu du silence, titre inspiré des flâneries partagées dans le livre « Les chemins nous inventent », de Philippe Delerm, 1997