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Portfolio

Stefan Pollak

Nous avons fait la connaissance de Stefan Pollak autour d’une tourte au Brie qu’il avait cuisiné à l’occasion d’une soirée donnée dans le loft d’un artiste italien. Il n’aura fallu que quelques heures de discutions, arrosées de Pinot Grigio, pour que Stefan accepte de réaliser une sélection curatoriale Made in Germany.

Entre Berlin et Rome, Paris et Bruxelles, de la communication à l’édition, rencontre à Leipzig avec le plus baroudeur de nos prescripteurs… Ah oui, la tourte au brie était à se damner!

Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai suivi une formation de graphiste à Francfort sur le Main. J’ai d’abord travaillé dans des agences de publicité avant de fonder ma propre agence de communication avec deux partenaires. En 2002, j’ai décidé de quitter l’Allemagne pour vivre à Rome, et c’est là que je me suis tourné vers l’édition, en fondant en 2004, avec Rosanna Gangemi, la revue d’art contemporain DROME magazine.

Quand a lieu votre rencontre avec le milieu de l’art ?

Ma grand-mère autrichienne était une des premières femmes à avoir étudié la photographie à Weimar, elle m’a toujours encouragé à dessiner et à peaufiner mon regard, à chercher la beauté là où elle n’apparaît pas au premier abord, à apprendre à lire l’image…

J’ai donc fréquenté beaucoup de musées et de galeries dès mon plus jeune âge. Mais ma rencontre avec le milieu de l’art contemporain en tant qu’adulte a eu lieu en Italie, où j’ai été porté, grâce à ma revue, à approfondir mon intérêt pour ce langage complexe et universel qu’est l’art contemporain et à en rencontrer certains acteurs.

Comment arrivez-vous à fonder DROME magazine ?

J’ai toujours été passionné par les magazines, de musique, d’art, d’architecture ou de littérature. J’ai été assez marqué par le manque de magazines, surtout en Italie, qui permettaient de découvrir, de manière approfondie, des artistes moins connus au grand public. D’où l’idée de créer une revue interdisciplinaire, où les images auraient la même valeur que les textes et où le lecteur pourrait élargir ses intérêts. Et vu qu’internet était déjà devenu une source primaire d’informations, il était indispensable que la qualité de notre produit soit impeccable.

Une œuvre parfaitement imprimée sera toujours meilleure sur papier que sur un écran.

Et une revue doit, aujourd’hui, durer dans le temps, c’est pourquoi nous avons toujours cherché à miser sur des valeurs sûres et non pas sur les « trends ». Chaque numéro de DROME est thématique, ce qui lui donne un aspect de collection. En effet, une ancienne copie de DROME garde encore aujourd’hui tout son intérêt!

Votre point de vue sur le soutien aux jeunes artistes?

C’est un point extrêmement sensible. Un artiste investit beaucoup de temps à travailler en espérant pouvoir exposer ses œuvres, et ensuite en espérant de vendre ses travaux afin de pouvoir continuer son parcours. Il ne faut pas que cette vocation soit réservée exclusivement à qui possède les moyens. Un soutien public est donc indispensable.

Le patrimoine artistique d’un pays est une source de revenu, une (grande) partie de ce revenu devrait être mis à disposition afin que les jeunes artistes puissent pouvoir produire. Je pense aussi que les galeristes, curateurs et critiques doivent toujours être conscients de la responsabilité qu’ils ont face aux artistes: au delà du soutien économique, il y a aussi le soutien intellectuel. Le rapport humain est indispensable et représente une grande richesse. À ce propos, je me souviens de la réponse d’une collectionneuse d’art contemporain à un marchand de peintures classiques , qui lui demande lors d’un dîner – de manière un peu hautaine – pourquoi elle investit dans l’art contemporain, elle lui répond:

Au contraire de vos clients, j'ai la chance de pouvoir connaître l'artiste!

Les rencontres importantes ?

Beaucoup de personnes ont été extrêmement importantes dans mon parcours, et ce parcours est loin d’être fini. Mais pour en citer quelques-uns, je pense surtout au collectionneur Franco Nucci (Fondazione VOLUME!), aux galeristes Armando Porcari et Fabrizio del Signore (The gallery apart), à la collectionneuse et galeriste Barbara Polla (Analix Forever) et aux professeurs Maria-Luisa Frisa et Massimo Canevacci.

Vos plus beaux souvenirs lors de l’édition du magazine?

Mes rencontres avec Marina Abramoviç, Ai Wei Wei, David Tibet (Current 93) et Trey Spruance (Secret Chiefs 3).

Qu’est-ce que Stefan Pollak fait pendant son temps libre ?

Je suis avant tout passionné de musique et en joue moi-même, je dédie donc beaucoup de temps à cette passion. Mais j’aime aussi beaucoup le théâtre contemporain, la danse, bref, je n’ai pas trop le temps de m’ennuyer. Et j’adore cuisiner !

La dernière exposition que vous avez vu et celle qui vous a le plus marquée dans votre vie?

La dernière exposition était d’Anna Raimondo, une jeune artiste napolitaine qui vit à Bruxelles, après sa résidence au MAAC. Difficile de dire celle qui m’a le plus marqué, mais j’ai beaucoup été touché par l’exposition de Jeremy Deller « Joy in People » au WIELS, à Bruxelles, en 2012.

 

Un mot sur ta sélection curatoriale?

Une sélection purement personnelle. L’avantage de ce projet est qu’il ne s’agit pas d’une exposition collective, ce qui me permet de ne pas devoir suivre un fil rouge – à part le fait que les artistes travaillent à Berlin, et même là je me suis permis la liberté de choisir Marian Luft, qui vit et travaille à Leipzig -, mais j’ai donc pu choisir des artistes que j’apprécie pour leur recherche et leur parcours. Je suis persuadé que ce choix pourra être intéressant pour des collectionneurs, en herbe ou non !


Photos : Miriam Kingl