Artboard 12
Focus On

Vincent Vanden Bogaard

C’est entre mon train et ses rendez-vous que je parviens à discuter avec Clémence au téléphone. Il faut dire qu’après quelques quiproquos, se retrouver gare du Midi à dix heures du mat’ aurait été tout simplement impossible! L’expo est pour bientôt et on a plus de temps pour reprogrammer une rencontre. Tapoter nos messages sur téléphone était peut-être impersonnel, mais l’époque à laquelle nous vivons ne me marginalise pas trop: dans la gare, tout le monde semble être rivé sur son écran. Quelques minutes pour me poser et je m’installe à une petite table avec mon expresso. La valse des doigts sur le clavier du téléphone commence ! C’est comme ça que l’on interviewe quelqu’un en lui parlant sur une application de messagerie instantanée.

Vinc Vanden Bogaard

Hello, finalement faisons comme ça. C’est pas super pro mais au moins c’est efficace.

Parfait. Ce sera plus simple comme ça effectivement.

Entrons directement dans le vif du sujet. On est en train de préparer ta toute première exposition. L’idée c’est donc de partager et de décrire quelques-unes de tes impressions. Quel est ton ressenti ?

Je ne réalise pas trop. Tu sais, je suis encore en fac d’art, à La Cambre. Je suis super focus sur mon jury et sur ce que j’ai encore à faire avant d’être diplômée! Dans quelques mois c’est terminé ! Il faut en même-temps gérer le show, se projeter à la fin de l’année et déjà apercevoir le futur hors d’un cadre scolaire.

C’est vrai! Et du coup, que représente Ce show pour toi ? Comment est-ce que tu le perçois ?

C’est un challenge, une façon de passer de « l’autre côté », devenir pro avant l’heure. C’est une façon d’assumer pleinement ce que j’ai envie de faire plus tard !

Qu’est-ce que tu vas y montrer ? Tu as des envies précises concernant le travail que tu veux montrer ?

Pour le moment, ma relation au dessin est extrêmement importante. C’est comme ça que je travaille. Toutes mes peintures et mes céramiques viennent toujours d’une image. Que ce soit une emprunte mentale de mes pensées ou que ce soit simplement une idée, il faut que ce soit transcrit sur papier. Je vais donc principalement me focaliser là-dessus et montrer essentiellement des travaux sur papier.

Clémence Didion' Studio View

Oui, super idée ce sera une super façon d’introduire la suite de ton travail et le reste de ta pratique!

Oui, et ça me permet de me concentrer sur mes travaux sur papier et de ne présenter que quelques céramiques. On verra où j’en serai à ce moment-là! Je n’ai commencé la céramique que récemment et je ne  veux pas montrer des choses qui ne me sembleront pas abouties ou trop imparfaites.

Que veux-tu dire par “où j’en serai”? Et ta peinture?

Disons que pour répondre d’une traite à tes question, j’ai encore besoin de me retrouver seule avec ma peinture. Certainement par égoïsme et par exigence. Mais quand on attend si longtemps pour dévoiler son travail au public on ne veut rien gâcher. Pour la peinture, j’ai besoin de retrouver la même spontanéité qu’avec mes travaux sur papiers. J’ai besoin d’un geste plus abouti.

Et donc, c’est primordial de montrer ton travail fait au crayon et à l’oil stick?

Oui, tout à fait. En plus, je pense que la critique et la sensibilité du public est plus immédiate avec des dessins qu’avec des compositions plus académiques ou des peintures desquelles le public doit comprendre les codes et les digérer. Du coup, la peinture sera d’abord montrée en jury et dévoilée plus tard. Quand je serai prête! L’histoire que j’ai avec le dessin est bien plus ancienne, et donc plus naturelle!

Clémence Didion

Et tes céramiques?

J’ai toujours voulu traduire mon univers et lui donner du mouvement dans l’espace. La céramique c’est un peu mon coup de coeur de l’année. C’est pas simple de maitriser cet art et ses techniques mais je trouve que ça complète parfaitement le reste de mon travail. Je n’en suis qu’à mes débuts et je devrai encore réfléchir à la façon dont ça évoluera à travers le temps. Pour le show, je ne vais en montrer que quelques-unes pour animer l’espace et dialoguer autrement avec les gens.

Que penses-tu que cela ajoute? Sais-tu déjà ce que tu vas vouloir faire passer comme message ?

Oui! Je suis assez confiante sur l’idée générale. Ce que je veux partager, avec les gens, c’est le côté loufoque et absurde du langage que je suis en train de developper. Quoi de mieux que quelques pièces qui occupent l’espace pour immerger le public?

Comment décrirais-tu cet univers? Ce monde dans lequel tu veux faire baigner les gens?

Comme une sorte de monde parallèle qui sortirait de ma tête et de mon studio. Un langage fait de traits et de matière qui traduirait toutes sortes de pensées. Tout ce qui m’agite ou ce qui me fait vibrer. Un large éventail de sentiments qui s’ouvre vers les yeux du public. Il ne faut pas s’arrêter aux objets pour ce qu’ils sont. Un peu à l’image de Saverino Lucariello: il faut creuser la façade et l’ésotérisme. Il faut amener le rire et le grotesque au centre du débat formel.

Studio View
Studio View

Et après? Après le regard du public? Tes projets?

Je vais commencer par capter les réactions et les critiques de l’audience pour mieux me centrer sur la peinture et la manière dont je développerai mon alphabet imaginaire et son orchestration.

Après des années à vivre en ermite, dans l’atelier, je compte m’ouvrir au monde et aux opportunités. Je vais prendre le temps de planifier le reste de l’année et mon après La Cambre. Reprendre mon souffle pour mieux sauter dans le vide.

Après, on verra. Je veux que les choses restent simples et spontanées, et qu’elles viennent compléter mon emploi du temps de manière organique

Et pour conclure?

C’est certain c’est que peinture, le dessin et la céramique feront partie intégrante de ma pratique. Quel que soit le médium ou la suite de mon parcours, je continuerai de m’exprimer de façon créative.

Merci, c’était cool de parler de çaavec toi! On se capte bientôt.

Merci à toi, à bientôt!

Vincent Vanden Bogaard

 

©Photos Olivia Charles