Artboard 12
Focus On

28.05.2017 - 18H58 par La peau de l’ours

Focus On VOID

Cohérent donc, artichauts contre son cours. Aujourd’hui ou demain, chaudes courses pour les rentes et traitement de couilles.

C’est par ces mots que commence l’ouvrage « Noise is Full of words / Words are full of noise » du collectif de plasticiens sonores, VOID.

Noise is Full of words est au départ le titre d’une performance au cours de laquelle un logiciel de dictée vocale écrit ce qu’il comprend du bruit sourd produit par une guitare électrique.

Design épuré, bouteille de vin rouge (italien of course) et musique de Chet Baker, le décor est planté pour un entretien au plus profond du silence.

Le collectif

VOID est un collectif de plasticiens sonores basé à Bruxelles et créé depuis 2013 par le binôme belgo-italien, Arnaud Eeckhout (Belgique 1987) et Mauro Vitturini (Italie 1985)

Nos deux artistes se sont rencontrés à Mons, capitale européenne de la culture en 2015, dans le cadre d’une résidence d’artistes.

Formé depuis seulement 4 ans, le collectif qui a notamment remporté le Prix Médiatine en 2015, a été choisi en 2016 pour participer à l’exposition collective « not all that falls has wings » dans le prestigieux espace d’art contemporain, Arter, à Istanbul.

VOID : espace tridimensionnel dépourvu de structure et d’orientation.

Ils rendent visible ce que l’on ne perçoit pas, ils sculptent le son dans l’espace et transforment le silence en bruit.

Dans leurs installations au design minimaliste, il y a une réflexion à la fois sur la forme et la fonction, où tout ce qui n’est pas utile au processus de mécanisation du silence est éliminé.

L’interaction

Tout interagit dans leur travail, les œuvres sont connectées entre elles et l’installation d’une pièce amène la création d’une autre. Le regard du spectateur lui-même interagit avec l’œuvre selon qu’il se focalise sur la dimension visuelle, sonore ou technique de la pièce.

Dans le travail de VOID, l’espace influence la perception de l’œuvre mais l’inverse est vrai aussi comme avec « Sound Never dies », où les 3 mots en mousse anéchoïque modifient l’acoustique de la pièce.

 

L’histoire, de l’art surtout, agit sur le travail de VOID comme une sorte de suite à donner :

Mauro : « Les cours en histoire de l’art t’aident beaucoup car tu peux t’appuyer sur des centaines d’années de recherche, de travaux et d’expérimentation en quelques heures… »

À Arnaud de prendre pour exemple l’exposition du vide d’Yves Klein :

« Tu gagnes du temps et tu vas plus loin en t’appuyant sur de l’existant. D’autres ont déjà posé les jalons, travaillé sur l’espace, le vide et sa conceptualisation. À nous de continuer le travail. »

Un travail acharné

La difficulté consiste à sans cesse se réinventer, même quand on leur demande de produire des pièces qui ont déjà marché.

L’aspect financier et les moyens ne peuvent jamais être un frein à la qualité de leur travail et le binôme avoue volontiers que c’est dans la contrainte qu’ils sont le plus créatifs.

 

On est petit mais on la joue comme des grands.

Ils nous racontent d’ailleurs avec humour que lorsqu’ils ont été choisis, en 2016, pour participer à l’exposition « not all that falls has wings » à Arter (Istanbul), les autres artistes invités étaient entourés de toute une équipe et ils avaient mis deux jours à se rendre compte que nos deux prodiges ne faisaient pas partie des assistants.

VOID attachent énormément d’importance à la communication et ont compris que pour exister, il fallait ressortir du lot sans pour autant tomber dans l’excès de mondanité.

Ils préservent notamment leur créativité en restant éloignés d’un certain « Star-système ».

Bosseurs infatigables, ils s’obligent à prendre du temps pour se réinventer mais vivent leur weekend comme une sorte de « rehab », durant lequel ils attendent le lundi matin avec impatience pour se remettre au travail.

Les influences

La musique bien-sûr…

  • Pour Mauro, la musique classique et le métal, qu’il affectionnait particulièrement pendant sa jeunesse.
  • Pour Arnaud, qui a grandi avec un père fan de Punk et de guitare, l’influence du rock et des groupes comme Pink Floyd, les Beatles ou Nirvana : « Avec mon père, on pouvait passer une demi-heure à écouter et discuter d’un passage à la guitare d’un titre. »

Pour les deux : la musique minimale et le compositeur de musique contemporaine, Philip Glass, sont de réelles inspirations pour leur travail.

Des sommités

Le théoricien de la communication, le canadien Marshall Mcluhan, auteur du célèbre « Message is the medium ».

John Cage, le célèbre compositeur de musique contemporaine qui a notamment créé les premiers Happenings avec Merce Cunningham.

Mais aussi des artistes

Comme l’artiste Rachel Whiteread et sa solidification du vide, et le sculpteur et vidéaste américain Bruce Nauman.

Epicuriens dans l’âme, la conversation dérive aussi sur la cuisine Italienne et leurs préférences en matière de vin rouge…

La recherche

Comment adapter le message à l’endroit? L’œuvre à l’espace? La forme et la fonction? Mauro et Arnaud se comparent à des musiciens qui font leur « sound check » avant de commencer à jouer.

Notre travail est presque une recherche psychologique ou l’on défait ce qui a demandé énormément de temps et d’énergie à être fait…

Dans l’œuvre « Noise is full of words », la guitare, et donc le son, est un vecteur avec lequel on se joue de l’intelligence artificielle.

Ce qui est intéressant, c’est de détourner cette rationalisation poussée à l’extrême, par les algorithmes des moteurs de recherches.

La recherche dans le travail de VOID est aussi la création volontaire de l’accident : « Si l’accident est intéressant, le résultat est intéressant… »


Photos : Miles Fischler