Artboard 12
Focus On

23.02.2019 - 09H13 par La peau de l’ours

Sex on the Beach

Stirred not Shaken

Ce n’est pas tout à fait Spring Break, mais les palmiers de Julie Susset dégoulinent déjà de couleurs psychédéliques alors que les filles d’Agathe Brahami-Ferron sont en maillot, le visage comme tendu vers le soleil. Ces corps d’argile sculptés, doucement ironiques, trouvent leur juste place dans cette Floride fantasmée par la peintre.

Chests

Premier ingrédient de ce cocktail, la jeune sculpteure Agathe Brahami-Ferron, tout récemment sortie des Beaux-Arts de Paris et notamment de l’atelier de céramique qu’elle a beaucoup fréquenté, pratique exclusivement le modelage de la terre. D’une grande justesse, ses pièces en faïence saisissent l’air du temps, dévoilant le corps et ses imperfections. Ainsi, sa nymphette en bikini de gamine a quelques coups de soleil et exhibe avec enthousiasme la rousse toison de ses dessous de-bras.

D’une grande justesse, ses pièces en faïence saisissent l’air du temps…

Agathe Brahami-Ferron / The mermaid

Tout d’abord fascinée par la plage comme unique lieu public où l’on dévoile autant le corps, l’artiste cherchait à montrer, avec ses baigneurs, le rapport complexe aux normes sociales et à l’injonction au bonheur. Plus récemment, elle a développé un travail autour du tourisme et de l’exotisme en fabriquant de petits autels, véritables amoncellements d’objets insolites témoins de nos vacances.

Altar
Altar

La plasticienne construit là un farniente imaginaire qu’elle émaille comme une peintre avec une palette de pigments métalliques mélangés à sa couverte obtenant des effets d’aquarelle ou des couches plus épaisses au gré de ses besoins. Le rosé de la peau, les taches de rousseur et la rougeur des joues ont ainsi un rendu extrêmement touchant, et on tombe sous le charme de ses bustes aux yeux masqués, véritables illustrations en volume, reflets à la fois candides et critiques de ce que nous sommes.

« La plasticienne construit là un farniente imaginaire… »

Les tableaux de Julie Susset, aux vives couleurs caribéennes, forment l’autre élément essentiel de ce pétillant mélange. La série présentée s’inspire d’un monde végétal luxuriant mais plus on s’approche et plus on perçoit son véritable sujet : celui de la peinture, faite de couleurs et de lumières jaillissantes.

Sex on the Beach - Exhibition view

Sur de petits formats, l’artiste a expérimenté des couleurs moins habituelles chez elle, comme les fauves, les ocres et les bruns. On redécouvre avec un plaisir renouvelé la couleur jaune et la pleine sensation rétinienne qu’elle procure. Elle travaille toujours par transparence et superposition, créant ainsi une profondeur allant progressivement vers des teintes de plus en plus claires, cherchant par ses multiples couches à faire exister des atmosphères vaporeuses et secrètes comme celle d’une forêt après la pluie.

Amarello
Vía

Chaque geste pictural est dynamique, instinctif et profondément joyeux. Artiste autodidacte, Julie Susset oscille entre figuration et abstraction et déclare aimer cet entre-deux, cherchant avant tout la liberté. Par la vibration de ses couleurs, la peintre donne à sentir l’énergie vitale d’une nature rêvée.

« Julie Susset oscille entre figuration et abstraction et déclare aimer cet entre-deux, cherchant avant tout la liberté.»

Moonlight

Par la sauvagerie de ses coups de pinceaux, elle nous fait pénétrer dans une jungle des possibles, un territoire mystérieux, moins littéral, mais plus profondément humain, celui des émotions. Avec son besoin impérieux de peindre, Julie Susset nous invite, elle aussi, au voyage, à travers ses toiles où le regard déambule, un peu ivre de tant d’exubérance, de tant de vie projetée. Il y a dans cette exposition à l’esthétique lumineuse, une joie certaine qui s’exprime, une ivresse de vivre intensément. C’est peut-être Spring Break.

Safia Hijos