Artboard 12
Focus On

23.10.2019 - 17H23 par La peau de l’ours

Synesthesia

   La clarté de l’azur fuit comme nos années

Dans les noires ténèbres qui décolorent nos heures.

La lune a plaqué ses teintes argentées

Sur les flots tumultueux pareils à nos cœurs.

Avec Synesthesia, Fabrice Hermans poursuit sa quête de vérité plastique en transportant l’esprit par la force du ton et de la matière. Dans une relation métaphorique avec ses créations, le plasticien néerlandais invite à un voyage introspectif puissant et singulier. Une fois entré dans le mystère, les œuvres se feront langage dans un murmure éthique et esthétique qui caractérise l’artiste. C’est ainsi que Fabrice Hermans démontre que chacun est digne de grandeur et de poésie dans sa contemplation.

Metallic Sunrise

Metallic Sunrise

Les lampadaires défilent comme des torches funèbres dans les cadres métalliques des portières. Six heures tapantes au compteur en chiffres orangés. Bientôt le soleil viendra attiser les débris fumeux de la nuit. Bénis les cœurs dont la flamme se ravive à son lever plus rayonnant qu’un rêve. Les voiles de l’aube mêlent ses teintes cuivrées à la tôle monochrome en d’imprévisibles accords. Une lampée de bourbon et j’écrase l’accélérateur pour rattraper mon retard. Il faut fuir tout ce qui me connait. Traverser les villes dans un sillon roux d’essence brûlé presque palpable.

Fuel of Nothing

Fuel of Nothing

Une étoile rose néon se dessine dans la pâle clarté de l’asphalte qui enfume. La voiture s’engouffre machinalement dans cette énormité grise et rougeoyante au design d’un navet de science-fiction. Flâner en station-service, c’est assister à un rassemblement d’initiés que les heures d’errance ont transformées en chroniqueurs solitaires du néant. Parmi les badauds qui ne se lorgnent jamais, un regard furtif me désincarcère soudain de mes pensées de marbre. Une beauté rose sorbet, tombée d’un cornet, qui dégouline sur ce territoire peuplé d’anonymes. Je démarre en trombe. Nul ne songe à converser des goûts et des couleurs en station-service. On y fait juste le plein de rien.

Pimped my soul

Pimp My Soul

43 degrés 17 minutes de latitude Nord, 5 degrés 21 minutes de longitude Est, le curseur glisse sur la carte dans l’habitacle assombri. J’ai suffisamment bu que pour ne plus devoir m’arrêter. Rose bonbon recouvre un instant mes pensées embuées de son gloss sucré. Qu’avais-je à lui offrir ? Un sourire béat sur ma gueule cabossée en station-service. A la radio, Little Walter beugle : “My baby don’t stand no cheatin’, my babe”. Le parechoc plane sur l’asphalte comme la vie sur nos ans. Encore quelques heures et la ville aura disparu.

Starlight Box

Starlight Box

J’ai été réveillé par cent et un coups de canon battant. La voiture s’est envolée bien au-delà du ciel, un mirage errant dans un cortège d’étoiles. Un regard fugitif sur les flots endormis où la lune a plaqué ses reflets argentés. La carcasse a plongé dans le fleuve comme l’écume s’abat sur la roche. Au loin sur le rivage, j’aperçois danser les gyrophares à travers les meurtrières embuées. Profonds comme la nuit et clairs comme mes plus beaux jours, les couleurs et mon âme jouent désormais leur symphonie en blanc majeur.

Aubry Daerden